Pourquoi (contrairement à ce qu’on vous dit) répéter ce qui fonctionne est parfois la pire stratégie.
Le dernier combat de Benoît Saint-Denis contre Paddy Pimblett en est une démonstration presque parfaite.
"Heads Will Roll… Heads will roll… on the floor…"
Impossible d'entendre ça, sans que des images de combats ne reviennent immédiatement en tête. Si vous suivez de près (ou de loin) l'UFC, vous savez probablement de quoi je parle.
Pourtant, ce n'est pas de combat dont je vais parler aujourd'hui.
Plutôt d'une erreur que commettent aussi des dirigeants, des entrepreneurs, parfois les meilleurs d'entre nous : croire qu'une stratégie qui a déjà fonctionné fonctionnera forcément dans un contexte différent.
Benoît Saint-Denis n'a peut-être pas « perdu » son combat en expérimentant et en nous rappelant, par la même occasion, une erreur que font beaucoup de leaders, appuyée par ce conseil largement répété sur les réseaux sociaux.
Ce que je vais développer dans cet article :
L'expérience crée des automatismes.
Les automatismes créent des angles morts.
Les adversaires étudient vos automatismes.
Le contexte évolue plus vite que vos certitudes.
Le haut niveau de (self) leadership se mesure moins à sa capacité à “gagner” qu'à revoir son modèle (mental) après une défaite.
Le piège de l'expérience
Vous avez entendu tellement de fois que l'expérience était votre meilleure force. En réalité, l'expérience peut aussi devenir un biais.
Si une solution a fonctionné plusieurs fois, notre cerveau lui attribue une probabilité de réussite supérieure à la réalité. Chez BSD, sortir d'une guillotine avait déjà fonctionné par le passé face à un autre combattant.
Sauf que l'adversaire était différent, la préparation était différente, le timing était différent, peut-être que l'état d'esprit était différent ce jour-là (je ne sais pas ce qui se passait dans sa tête) et l'intention de l'adversaire était différente.
Ce que je vous explique ici, est que le contexte avait changé.
S'il y a bien quelque chose à retenir pour un entrepreneur, c'est qu'une méthode qui a porté ses fruits plusieurs fois peut être celle qui vous fera perdre la fois suivante.
C'est ce que j'observe chez des entreprises qui continuent d'utiliser des stratégies qui fonctionnaient par le passé, qui gèrent leurs équipes comme il y a plusieurs années, qui n'intègrent pas des profils atypiques alors qu'ils peuvent représenter un véritable avantage concurrentiel, ou qui gèrent une crise comme elles ont géré la précédente.
Il y a de grandes chances que ce qui a fonctionné hier ne fonctionne pas de la même manière demain, dans un contexte intérieur, extérieur ou humain différent.
Répétez ce qui fonctionne… Jusqu'au jour où
Celui-ci est rarement évoqué, il est même plutôt à l'encontre de ce qui est répété sur les réseaux par certains entrepreneurs à succès. Vous affirmant que, plutôt que de chercher constamment de nouveaux moyens de faire..., il est judicieux de répéter ce qui fonctionne.
Oui… Mais …
Il existe une différence énorme entre reproduire intelligemment ce qui fonctionne et répéter mécaniquement la même stratégie.
Plus vous reproduisez la même manière de faire, sans chercher à comprendre ce qui pourrait évoluer, plus vous devenez prévisible. Or, un concurrent ou un adversaire intelligent ne va pas seulement chercher à être meilleur que vous. Il va vouloir comprendre vos habitudes, vos stratégies, votre “coup préféré”, pour mieux s'y préparer.
C'est valable dans le business, dans la vie personnelle, dans une négociation, dans le sport. (J'accorde énormément de liens entre l'entrepreneur et le sportif.)
Le danger ici n'est donc pas de chercher à faire différemment à tout prix.
D'ailleurs, je vous assure qu'en termes de business, avec mon expérience de ces dernières semaines, ayant dû traiter avec de nouvelles entreprises en tant que consommatrice, je suis horrifiée par la médiocrité ambiante en France en termes de relation client, de service client, de satisfaction client, de process qui pourraient pourtant porter leurs fruits rapidement et finalement d'intelligence de fonctionnement plus fluide pour tous.
Je ne parle pas de réinventer la roue simplement pour paraître différent, je parle d'améliorer ce qui existe déjà, de devenir meilleur dans ce qui fonctionne, tout en restant capable de remettre en question nos propres habitudes/stratégies.
Je ne constate que trop souvent, que les choses finissent par "s'éteindre" en nous et autour de nous, dès lors que nous devenons nous-même une routine (aka en mode pilote automatique), dans notre vie personnelle comme dans notre entrepreneuriat. Alors qu’il suffit simplement de remettre de la surprise, changer quelques points simples/basiques pour le que niveau de satisfaction revienne.
Le fil du rasoir entre confiance et certitude
Un leader d’exception a besoin de confiance, même d'un niveau de confiance élevé pour avancer dans des situations complexes, prendre des décisions difficiles et entraîner les autres avec lui. La certitude, elle, peut devenir dangereuse.
Je sais qu'on vous parle beaucoup de concepts de manifestation, parfois mélangés à des discours business, qui peuvent donner l'impression qu'il suffit de croire très fort en quelque chose pour que cela arrive. Je vous assure pourtant, que la certitude peut parfois vous fermer des portes plus qu'elle ne vous en ouvre.
Parce qu'à partir du moment où une croyance devient un dogme, elle peut nous priver de notre capacité à observer, ajuster, remettre en question, modifier sa trajectoire et finalement à rester maître de nos décisions.
Notre confiance en Nous va nous dire :
“Je sais gérer les situations, quoi qu'il se présente, et dans l’eventualité où je ne sais pas encore comment faire, je trouverai le moyen d'y arriver.” Ça, c'est de la confiance en soi.
La certitude, elle, va nous dire :
“Je sais déjà ce qui va se passer. Je sais comment les choses vont fonctionner.”
Vous voyez probablement déjà la différence.
Ces deux états mentaux sont totalement opposés : Les meilleurs, ceux qui sortent leur épingle du jeu restent "dangereux", justement parce qu'ils conservent une part de doute. Loin du doute qui empêche d'avancer, plutôt celui qui maintient curieux, attentifs et capables de voir ce que d'autres ne voient pas encore.
Vous entendez souvent que le doute va tuer vos projets. Je pense plutôt que le doute, lorsqu'il reste à sa juste place, ne prenant pas les commandes de votre vie, peut vous apporter plus de résultats et plus de perspectives que vous ne l'imaginez.
Garder les preuves de tout ce qui a déjà été réalisé, sont la base de votre confiance, mais sans oublier de rester toujours ouvert.
Parce que votre capacité à envisager plusieurs solutions, plusieurs chemins et plusieurs scénarios est justement l'une de vos plus grandes forces. Tant que cette anticipation ne vous bloque pas, elle peut devenir un avantage considérable : celui de voir arriver certaines possibilités avant même qu'elles ne soient visibles pour les autres.
La défaite publique crée une illusion, surtout quand Internet adore humilier quelqu'un qui perd.
C'est un phénomène "fascinant", le spectateur voit quelques secondes, le combattant, lui, s'est entraîné pendant des mois, parfois des années. C'est à cet instant que l'on se rend compte que notre cerveau surestime énormément le dernier événement observé (surtout quand il ne correspond pas à nos attentes). C'est ce qu'on appelle un biais de récence.
Une défaite (un bad buzz) ne résume pas une carrière, tout comme un lancement raté, une mauvaise décision ou un échec ne résument ni une entreprise, ni notre valeur.
Quand quelqu'un vit un échec ou une chute publique, certaines personnes ressentent un soulagement, parce qu'elles comparent leur propre absence de risque à l'échec visible de l'autre, ce qui leur permet de restaurer, au moins momentanément, leur estime d'elles-mêmes.
Autrement dit, malgré ce que je peux voir dans les quelques vidéos qui circulent et que je trouve difficiles pour Benoît Saint-Denis, ce n'est pas forcément la défaite qui amuse les gens, du moins s'ils sont un minimum sain d'esprit : ce qui créait une réaction est le fait que quelqu'un qui osait plus qu'eux, qui prenait réellement des risques, avançant toujours plus loin dans sa vision, redevienne simplement humain, avec ses qualités, ses défauts, ses réussites et ses échecs. (Lire mon article sur la notion de réussite)
Cette forme de plaisir éprouvé face au malheur d'autrui ne résume évidemment pas les compétences de guerrier, ni la carrière de Benoît Saint-Denis, qui reste de très loin un excellent combattant et qui, comme tout être humain, a connu un revers face à un adversaire extrêmement bien préparé.
La préparation n'est pas faite pour réussir
Combien de fois m'a-t-on répété : « Prépare-toi pour réussir »
Dans le monde professionnel, dans la vie personnelle… pourtant, je pense qu'il y a une nuance essentielle à comprendre : La préparation n'est pas faite pour garantir la réussite, elle sert surtout à réduire les inconnues, permettant d'arriver avec plus de compétences, de recul, de ressources et une meilleure capacité d'adaptation face à ce qui va se présenter. Mais elle ne supprime jamais l'imprévu, ne garantit pas le résultat, cette différence de perspective est énorme.
Beaucoup de personnes confondent une préparation et contrôle.
Pensant que, si elles ont suffisamment anticipé, analysé, travaillé et prévu chaque scénario, elles pourront empêcher l'échec. Or, dans les environnements complexes, qu'il s'agisse de sport de haut niveau, d'entrepreneuriat ou de leadership, il y aura toujours une part que nous ne contrôlons pas.
Un concurrent peut changer sa stratégie.
Un marché peut évoluer.
Une personne peut réagir différemment de ce que vous aviez imaginé.
Une opportunité peut apparaître là où vous ne l'attendiez pas.
La préparation n'est donc pas une promesse que tout se passera comme prévu, mais développer notre capacité à être suffisamment prêt pour répondre intelligemment, efficacement lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
Les leaders d'exception sont ceux qui ont développé la capacité de s'adapter rapidement lorsque la réalité leur propose un scénario différent.
Je vous invite donc à vous poser cette question :
Est-ce que je me prépare réellement à mieux gérer l'inattendu ? Où est-ce que j'essaie simplement de construire un environnement dans lequel rien ne pourrait m'échapper ?
Les leaders trébuchent rarement parce qu’ils sont moins bons
Ils se retrouvent souvent en difficulté parce que le contexte a changé, l’adversaire a progressé, leur avantage est devenu connu, ou parce que quelque chose a bougé autour d’eux, voire en eux, dans leur dialogue intérieur. Autrement dit, ce n’est pas forcément nous qui régressons, parfois, le contexte extérieur a changé, ou le niveau d’en face qui a augmenté sans qu’on ne l'ait vu venir.
Une fois cette erreur encaissée, le pire poison après une défaite, un choc émotionnel, un trauma, un échec est de vouloir retrouver immédiatement la sensation de la personne que nous étions avant. Or, chaque succès, chaque défaite, chaque changement (au sens large et profond) modifient forcément notre manière de voir, de nous voir et la façon dont nous envisageons la suite.
La vraie question devient alors : qui dois-je devenir après ça ? Quelle expérience dois-je en tirer ? Sur quoi puis-je m’appuyer désormais ?
Et non le réflexe de : comment revenir tout de suite à l’ancien moi, les mêmes certitudes et la même façon de regarder le monde.
Et c’est exactement la question que BSD peut se poser aujourd’hui :
Qu’est-ce que cette défaite vous oblige à abandonner ou à revoir, alors que votre ego continue peut-être de l’appeler « votre force »… Qui pourriez-vous devenir grâce à ce que vous choisissez d’en apprendre ?
La réputation n’est pas le reflet de la réalité
Je fais directement suite à la dernière question. La réputation est un indicateur peu fiable, le public, même lorsqu’il vous apprécie, confond souvent deux choses : être fort et gagner.
Pourtant, les deux sont complètement différents.
Nous pouvons prendre une excellente décision et perdre. Faire "les bons choix", avoir une bonne préparation, agir avec les bonnes intentions… Malgré tout ne pas obtenir le résultat attendu.
À l’inverse, nous pouvons prendre une mauvaise décision et réussir. Gagner grâce à un contexte favorable, une opportunité inattendue ou simplement parce que certaines variables étaient de notre côté.
C’est pour cette raison que les dirigeants les plus expérimentés ne se focus pas toujours sur les résultats, évaluant la qualité des décisions prises avec les informations disponibles à ce moment-là. Une bonne décision ne devient pas mauvaise simplement parce que son résultat n’a pas été celui espéré. À l'inverse, une mauvaise décision ne devient pas bonne uniquement parce qu’elle a fonctionné.
On entend souvent dire que l’on apprend plus de ses échecs que de ses réussites.
Je ne partage pas totalement cette idée, pouvant parfois nous enfermer dans une vision où la difficulté deviendrait nécessaire pour progresser, comme s’il fallait forcément souffrir pour évoluer. Or, ce n’est pas la défaite qui fait progresser, plutot ce que nous choisissons d’en faire.
Une défaite apporte des données, des informations que nous devons être capables d’analyser avec le plus de distance possible. Un peu à la manière d’un scientifique qui observe un résultat, sans chercher à immédiatement en faire une vérité.
Une défaite ne dit pas : “ Je suis mauvais”.
Elle annonce : “Dans ces conditions précises, avec ces paramètres, cette approche n’a pas produit le résultat attendu.”
Cette différence fondamentale, nous invite à élever notre leadership, à devenir notre meilleur supporter dès lors que nous sommes capables de regarder ces informations sans leur donner plus de poids (mental, émotionnel, dialogue intérieur) qu’elles n’en ont :
Soit, sans les associer à notre identité, sans laisser un résultat temporaire ébranler la confiance construite par des années d’expériences, de décisions et d’actions. Et surtout, sans laisser notre ego prendre toute la place.
Parce qu’au fond, le véritable avantage d’un leader n’est pas de ne jamais connaître de revers, plutot d'etre capable de voir clairement ce qui vient de se passer, d’en tirer les bonnes informations, puis de décider de la suite avec davantage de lucidité qu’avant.
Afin de clôturer cet article, ou j'envoie mon soutien à BSD, mes félicitations à son adversaire, je souhaite apporter un peu plus de connaissances et de hauteur sur le dialogue en cours :
Qui que ce soit ne peut affirmer, depuis un écran et au calme, qu’à sa place, il aurait forcément fait autrement.
Dans le feu de l’action, avec sa préparation, ses paramètres mentaux et toutes les informations du moment, il y a de fortes chances que nous ayons ait pris exactement la même décision.