Les neuroatypiques, les leaders aux parcours non conventionnels sont l’avenir
En lisant cet article sur Fortune, mes vieux souvenirs ont refait surface :
L’enseignante me rabâcher que j’étais toujours (trop) dans la lune, préférant me plonger dans mon monde intérieur, ou simplement regarder voler les papillons... Alors que ce qui se passait dedans produisait infiniment plus, que sa leçon si peu intéressante.
Celle qui a décrété, dit à mes parents en CP, que je ne serais bonne qu’à faire femme de ménage (je m’excuse profondément pour son mépris de cette profession, auprès de tous ceux dont c’est le métier, dignes de participer, contribuer au confort et à la qualité de vie de chaque être humain.)
Ma situation de rejetée de la fac de psycho (indirectement), qui m’a fait tourner les talons et prendre des voies alternatives.
Mon vécu dans des entreprises, ayant produit des résultats que personne d’autre n’avait faits, mais en déclenchant toujours quelque chose chez les autres : du rejet, ou quelque chose de malaisant.
Si ces situations vous parlent, très chers millénials (sans se limiter à...), cet article va ouvrir les perspectives avec ce que le PDG de Palantir a annoncé fin mars :
Changer les perspectives.
Depuis plusieurs années, j’observe activement un décalage chez les leaders (vraiment) hors norme. Ceux qui n’ont pas eu besoin de tests construits sur des compétences qui datent d’après la révolution industrielle, construits sur des fonctionnements et des schémas éducatifs non faits pour eux, ou encore pensés par des hommes pour des hommes : avec pour conséquence des TDAH adultes, HPI complexes, particulièrement des femmes, passent bien plus souvent qu’il est admis entre les filets de la “détection”.
Ces personnes, en qui je crois fermement, sont à mon sens les acteurs d’un changement différent, par leur incapacité à s’adapter à ce monde qui tourne clairement à l’envers. Elles représentent les figures majeures d’un basculement vers quelque chose de plus “juste” pour tous.
Elles ont appris depuis l’enfance à se formater avec efforts, dans un monde peu adapté à leurs talents, compenser leurs différences, ralentir le débit de leurs pensées, simplifier afin d’être mieux comprise. Ce que je vois dans nos premiers échanges est le résultat de toutes ces années de “compression” de comportement. Ce haut niveau de compensation fonctionne, il produit des résultats, mais coûte une quantité d’énergie disproportionnée par rapport aux bénéfices obtenus, à la frustration engendrée et surtout au temps perdu.
J’aime le fait que, depuis fin mars, ce constat acquis au cours de ma propre vie et auprès de mes clients, soit mis en avant, non pas par la psychologie, mais parce que le marché et ses acteurs majeurs le portent.
Alex Karp, le PDG de Palantir, a formulé ceci : “Il y a essentiellement deux façons de savoir que vous avez un avenir. Premièrement, vous avez une formation professionnelle, ou deux, vous êtes neurodivergent.”
Ce milliardaire de 58 ans, qui gère des contrats avec des gouvernements, dit publiquement que le profil avec le plus d’avenir dans un monde automatisé et formaté n’a jamais suivi le chemin classique ou a un parcours professionnel non conventionnel.
Cette déclaration a vite circulé : certains y voient une provocation, d’autres une justification de politique de recrutement. Pour vous dire ma vérité, ni l’un ni l’autre ne m’intéresse, tant le débat de fond est stérile.
Ce qui a par contre, éveillé mon attention, est la mise en avant de personnes dont le fonctionnement a toujours produit de la valeur dans des conditions où personne ne leur a facilité le chemin.
C’est un reflet exact de ce que j’ai vécu en tant que salariée, cadre, directrice, au sein d’entreprises, malgré mes succès en termes de chiffres, de logique de fonctionnement, de gain de temps, de croissance. Un peu comme si “on” avait toujours cherché à me savonner la planche, parce que je ne fonctionnais pas de la même manière, mais plus encore parce que je voyais des chemins différents, plus performants.
Là où certains voyaient de l’arrogance, de l’insolence ou de la contestation de process, je voyais simplement des résultats plus rapides avec moins d’efforts, ou au “pire”, moins de frictions pour les cadres et les équipes.
Le système n’a jamais été construit pour vous.
La société, le système éducatif, les conventions établies (ou non) se calibrent sur ce qu’elles veulent nous voir produire. Or, vous n’avez jamais été adapté à ce système.
La révolution industrielle avait besoin d’uniformité, de répétition, de conformité à des normes de production. Le système éducatif a livré exactement ce qui correspondait à ces attentes, comme formulé au forum économique mondial de Davos en janvier :
“Tous nos tests sont construits autour des compétences qui avaient de la valeur à l’époque de la révolution industrielle, c’est comme si on voulait écarter tous les dyslexiques, toutes les personnes neurodivergentes, tous ceux qui ont du mal à rester assis, qui ont besoin de construire quelque chose de différent.”
Ce qui a naturellement conditionné votre vécu durant votre enfance, adolescence, vie d’adulte. Les profils qui fonctionnaient autrement ont été mesurés à l’aune de ce qu’ils ne faisaient PAS dans ce cadre, pendant que ce qu’ils faisaient naturellement et avec plus de facilité, à leur façon, n’apparaissait dans aucun critère d’évaluation.
Je ne peux que constater avec horreur, que lorsque vous lancez une entreprise pour vous sentir enfin plus libres, créatifs, “artistes” de votre propre art de faire… Les premières choses que tout le monde vous répète en boucle est : l’expertise pointue sur un seul sujet, un seul axe, c’est ce que le marché valorise. (aka ce qui se vend le mieux.)
Qui certifie la profondeur sur un périmètre somme toute délimité donc limitant ... ?
Bref…
Votre valeur enfin nommée correctement.
Ce que Alex Karp a formulé :
“L’IA détruira les emplois dans le domaine des sciences humaines. Vous êtes allés dans une école d’élite et vous avez étudié la philosophie. J’espère que vous avez une autre compétence. Celle-là va être difficile à commercialiser.”
Il détient lui-même un diplôme de droit de Stanford et un doctorat en philosophie de l’université Goethe de Francfort, j’ose imaginer qu’il sait de quel marché il parle…Daniela Amodei, cofondatrice d’Anthropic (l’entreprise derrière Claude AI) a publiquement contredit Karp en affirmant que l’étude de l’humanité sera plus importante que jamais.
Cette nuance est importante parce qu’elle ne parle pas du même registre de compétence : Karp parle de la production, Amodei parle de la capacité à penser en profondeur et à lire les dynamiques humaines.
Pour moi, les deux confirment une même chose : ce qui résiste à l’automatisation n’a rien à voir avec la capacité à exécuter une tâche répétitive avec précision. Le profil qui reste irremplaçable, est celui qui traverse plusieurs systèmes simultanément, crée des connexions que personne n’a programmées, construit quelque chose qui n’existait pas avant d’entrer dans la pièce.
Et croyez-moi, Leader d’exception, vous le faites naturellement depuis longtemps, sans parfois y associer une compétence.
Parce que oui, cette configuration cognitive particulière, que vous associez à un mode de pensée pluriel et à un fonctionnement différent, vous a donné la capacité de relier des domaines sans rapport apparent.
Cette compétence, façon de fonctionner, fait que vous voyez le problème dans son ensemble, avec une pluricompétence naturelle acquise par votre curiosité intense, accumulant des expertises diverses et transversales, à travers une façon d’apprendre qui n’a jamais suivi de ligne droite.
Si je devais vous l’illustrer : à la place d’être la hache qui tranche les os, ou le couteau à légumes bien aiguisé, vous êtes, à vous seuls, le couteau suisse le plus compétent, qui remplit plus de fonctions, notamment en cas de problème, changement, urgence, innovation, et qui, en plus, est capable de s’adapter avec succès à toutes les situations.
Karp a précisé ce qu’il entend par neurodivergent, en les définissant au sens large (je pense pour rattraper aussi les erreurs de diagnostic, mais là ce n’est que mon avis personnel) :
Le TDAH, l’autisme, la dyslexie, la dyspraxie, et plus largement les personnes qui ont bâti leurs expertises sur des parcours non conventionnels, celles dont la valeur a résisté à la mesure standard depuis le départ. Son observation sur les compétences qui comptent désormais est limpide : le succès ira à ceux qui “regardent les choses sous un angle différent et sont capables de construire quelque chose d’unique.”
Il n’a pas dit qu’ils travaillent plus dur, il a dit qu’ils voient différemment.
Oui, je viens de mettre une pichenette énorme à tous les entrepreneurs et coachs business qui vous ont rabâché 20 000 fois qu’il faut travailler plus dur, alors que vous savez travailler plus intelligemment, avec de meilleurs résultats, en minimisant les efforts, selon votre propre mode de fonctionnement, au coeur d’un écosystème qui vient servir chacune de vos compétences.
Ce fonctionnement, qui est votre structure de pensée, contrebalancera dans quelques années encore, ce que l’IA ne sait pas reproduire : elle traite à partir de schémas existants, prend les données qu’on lui fournit, ne crée pas un angle de vision qui n’a pas encore été documenté, ne voit pas une situation à travers les grilles simultanées du dirigeant, du stratège, de l’humain qui lit ce qui se passe dans la pièce et du visionnaire qui a déjà anticipé la suite.
Cette grille multiple, construite par votre propre trajectoire, souvent malgré le système (rarement grâce à lui), Alex Karp l’a acté dans le concret : l’entreprise a créé une “Neurodivergent Fellowship” avec une phrase dans l’offre d’emploi qui mérite qu’on s’y arrête : “Les individus neurodivergents joueront un rôle disproportionné dans la définition de l’avenir de l’Amérique et de l’Occident. Ils voient au-delà des idéologies performatives et perçoivent la beauté du monde qui existe encore.”
(Je ne vous cache pas que mon coeur s’est emballé…)
Une étude Gartner projette que, d’ici 2027, 1/5 des organisations commerciales au sein des entreprises du Fortune 500 recruteront activement des talents neurodivergents pour améliorer leur performance. Ce mouvement répond à un besoin réel que l’automatisation a rendu visible, non à un affichage RH complaisant.
Parce que je vous assure, moi Laetitia, que peu d’entreprises en Francophonie, sont à ce jour, aptes à savoir recruter, intégrer et s’appuyer sur des talents neurodivergents, tels que Karp les définit.
Ce que je refuse de valider.
De mon côté, je refuse de définir la neurodivergence comme une supériorité, laissant sous entendre que les gens classiques sont moins utiles.
Je n’y crois pas un seul instant ! En adoptant cette posture, nous basculons à l’opposé du leader de haut vol, reproduisant ce que nous avons vécu : le rejet, les personnes qui nous ont regardés avec de gros yeux, nous ont allègrement jugés, traités de fous, d’idéalistes, de personnes vraiment trop/pas assez, minimisés.
Je refuse, en tant que leader de le reproduire.
Ce que mettent sur la table les profils divergents, la pensée transversale, la capacité à développer autrement, est précisément ce qui résiste à l’automatisation. Mais le véritable changement, pour moi, se construira lorsque nous serons capables de faire fonctionner ensemble chacune de nos différences dans une évolution commune.
Et non une glorification de quelques années d’une différence, pour qu’elle finisse par faire “pouet” comme un soufflé qui sort du four mal cuit.
Il est temps aujourd’hui que ceux qui ont été laissés de côté deviennent les leaders de demain (d’aujourd’hui). J’inclus tous ceux qui ont suivi des parcours non conventionnels, dont la valeur n’a jamais tenu dans une case de CV standard, tous ceux qui ont une forte empathie envers l’humain, une hypersensibilité à la beauté de ce monde et à ce qu’il est possible d’en faire plus respectueusement, mais également une aversion envers les injustices et une tendance naturelle à développer le meilleur chez les autres, dans leur souveraineté.
Ce vent de changement, venant de tous les horizons, permettra de donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’entrepreneuriat, au sein d’une équipe, en tant que leader, afin d’inspirer les possibles dans ce monde.
J’observe de manière récurrente chez les hors norme un schéma d’expérience loin d’une ligne droite ou d’une évolution en légère dent de scie. Leur parcours non linéaire contient la richesse de plusieurs secteurs traversés, une formation basée sur l’expérimentation, construite en dehors des couloirs de l’académie classique.
La capacité naturelle à analyser une situation en mobilisant simultanément la dimension opérationnelle, la dynamique relationnelle et les conséquences multiples à court et moyen terme. Le long terme étant trop aléatoire ou peu concret pour s’y pencher. Nous sommes clairement au-delà du cadre du “vous vous voyez où dans 5 ans, 10 ans ?”, la question ba-si-que de recruteurs ou d’investisseurs.
Ces profils ont la capacité d’anticiper des conséquences possibles là où d’autres ne les voient même pas. Le 10 ans est donc trop peu ancré dans la réalité : tellement de choses peuvent venir interférer ou soutenir le long terme, qu’ils ont le talent d’être efficaces et de produire des résultats sur le court et le moyen terme, avec simplement une vision sur le long terme à améliorer continuellement.
Je valorise par mon travail, ces personnes avec un très niveau de résilience, parce qu’elles ont grandi, évolué en s’entendant toujours dire qu’ils manquaient de spécialisation, qu’ils seraient plus efficaces s’ils choisissaient une voie et s’y tenaient.
Je suis très satisfaite que le marché commence à reconnaître la pluricompétence comme une compétence en elle-même, loin du défaut de positionnement qu’on lui reprochait (et reproche encore).
L’outil ou vous.
À l’ère où l’IA absorbe la production technique, ce qui monte en valeur, sont les connexions que personne d’autre ne fait, la capacité à formuler ce que personne n’a encore dit, à construire ce que personne n’avait encore imaginé ou osé. Pas besoin de s’appeler Elon Musk, ces talents peuvent se jouer dans des applications simples dans votre entreprise ou celle des autres, mais c’est ce qui va devenir l’actif central des résultats exponentiels de demain.
Ceux qui me suivent savent que je pense, l’IA est un outil remarquable, à partir du moment où on lui laisse sa place d’outil. Elle me fait autant peur qu’elle me permet de gagner du temps dans mon entreprise au quotidien, je la trouve aussi exceptionnelle dans ce qu’elle délivre que problématique dans sa tendance à créer des clones.
On le voit très bien dans les contenus des réseaux sociaux, cette soupe ultra chiante que nous devons lire actuellement, qui fait que, pour être honnête, je me désabonne en masse en ce moment. Mon temps est sacré, ma disponibilité mentale également, de ce fait, je n’ai absolument pas l’intention de perdre du temps à lire du contenu qui ne vient pas des tripes, du vécu, du besoin de partager d’une personne.
Alors oui, l’IA allège la charge opérationnelle, ce qui ouvre un espace qui n’avait jamais été exploité jusque-là. La question à se poser est : qu’est-ce que j’en fais ?
Si vous lui déléguez aussi la réflexion, vous devenez opérateur d’un instrument.
Si vous lui déléguez l’exécution en gardant la pensée, le lead, vous devenez ce que le marché cherche depuis 20 ans, sans avoir eu le langage pour le nommer.
L’IA apprend de chacun de nous, utilisant notre façon de voir, de relier mentalement, comme données d’entraînement : La craindre ou l’adopter aveuglément revient au même. La seule question qui fait sens : est-ce que vous l’utilisez pour amplifier et sublimer ce que vous créez de mieux, ou finalement pour diluer ce qui vous rend irremplaçable ?
Une dernière chose qui passe inaperçue dans les reprises médiatiques : Karp parle de ceux qui ont des compétences dites normales, qu’il appelle lui-même les dyslexiques du côté standard, ceux dont les compétences, autrefois valorisées, perdent de leur valeur relative.
Son observation : tous ceux qui ont des compétences normales sont les dyslexiques de demain, au sens où ce qu’ils produisent, qui avait de la valeur jusqu’ici, en perd progressivement.
Il est évident que la répétition et la spécialisation étroite perdent en valeur sur le marché, pendant que la vision transversale et l’originalité montent dans l’échelle. Le moment est venu pour les personnes qui ont naturellement un mode de fonctionnement perçu pendant des décennies comme un déficit de méthode, d’être nommées et reconnues pour ce qu’il a toujours été : une structure de pensée différente, productive dans des contextes que le marché n’avait pas encore atteints.
Ce qui se joue maintenant.
L’époque des profils mis de côté pour leur excès de vision et leur fonctionnement difficile à formater est en train de se retourner... c’est une excellente nouvelle.
Le fonctionnement qui était minimisé en termes de valeur marchande devient central dans la configuration économique qui se met en place. La légitimité de notre fonctionnement vient d’être validée par les plus grandes entreprises technologiques du monde, je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’extraordinaire avancée que cela va créer.
La question qui reste ouverte est celle à laquelle chacun de nous doit répondre : savez-vous identifier ce que vous produisez de singulier, le déployer dans le bon contexte et en faire quelque chose que personne d’autre ne pourrait construire à votre place ? Dans la position où vous vous trouvez actuellement, leader, entrepreneur, accompagnant, sans chercher à faire plus, mais simplement à délivrer ce qui est naturel pour vous ?
C’est exactement ce que je fais auprès des leaders et entrepreneurs hors-normes que j’accompagne, non pas appuyer sur ce que le système pense “qui cloche” ! Mais identifier ce qui a toujours été là, ce qui fonctionne déjà naturellement, qui n’avait jamais eu le bon élan pour produire TOUTE sa valeur réelle.
Ces personnes savent qu’elles fonctionnent différemment.
Ce qu’elles n’ont pas encore, c’est la clarté sur ce que ça produit de spécifique, dans quel contexte précis ça devient irremplaçable et comment l’amplifier sans se reformater à nouveau dans une structure qui n’est pas construite pour elles.
CE QU’ALEX KARP A ACTÉ VA SE DÉPLOYER ENCORE LONGTEMPS :
Ce que vous allez en faire :
Pour vous
Dans votre entreprise
Vos équipes
Votre manière de diriger
Ne s’implémente pas en lisant un article...
ÇA SE CONSTRUIT.